Développement noir & blanc chez soi – Partie 2 : La Démarche

Je t’ai proposé de découvrir dans un premier article l’équipement que je recommande. Pour y accéder c’est par ici : Développement noir & blanc chez soi – Partie 1 : le matériel.

Traitons maintenant de la démarche ! Le sommaire aujourd’hui :

1- Démarche

Nous y voilà. Tu es équipé.e, as quelques minutes – disons 30 à 60 pour une première fois – devant toi et toute la motivation pour réussir ou plutôt pour mieux échouer comme comme le disait S Beckett :

Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail better.
Samuel Beckett
Wortsward Ho, 1983

En exposant ta pellicule, comprendre en prenant une photo, tu as formé une image latente (c’est à dire en attente) sur la pellicule. Le révélateur va permettre d’amplifier cette image via l’action de la chimie. Les zones exposées à la lumière vont se noircir – les éléments exposés vont réagir ; ceux non-exposés resteront intacts. Ensuite le bain d’arrêt stoppe cette réaction et le fixateur rend insensible la pellicule à la lumière tout en retirant de la gélatine les éléments n’ayant pas été révélés, cela va donc blanchir les zones non-exposées.

Par conséquent, après avoir rincé le film on obtient un négatif puisque les zones exposés sont sombres et réciproquement celles non exposées sont claires. Encore une fois, si tu veux aller plus loin dans les processus chimiques, un lien t’attend dans la dernière partie : pour aller plus loin.

ETAPE 1 : LE CHARGEMENT

L’idée est très simple : tu mets toute qu’il te faut dans le manchon, à savoir :

  • les gants – si tu as en as – sinon soit vigilant.e en manipulant le film ;
  • le décapsuleur pour décapsuler la cartouche
  • les ciseaux pour découper les deux extrémités du film ;
  • la ou les spire.s sur laquelle.lesquelles tu viendras charger le.s film.s
  • la cuve évidemment 😋

La spire permet, en faisant tourner l’une des deux parties, de charger automatiquement le film. Dans l’idéal, essaies de t’entrainer avec un film test à la lumière. Évidemment ce film sera gâché puisque exposé.

Penses à avoir les mains bien sèches ainsi que la spire pour éviter tout accrochage et faciliter le chargement.

ETAPE 2 : LES CHIMIES

Le.s film.s est.sont dans la cuve. Tu peux sortir celle-ci du manchon et si tu l’avais éteint – chose pas nécessaire – rallumer la lumière.

En fonction des films et des chimies, les temps de traitement diffèrent. Regardes donc soit sur la description de tes chimies soit sur le site Massive Dev Chart pour connaitre le tiens (lien en bas de l’article).

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Ilford indique pour l'ID-11 des temps à 20°C pour chaque pellicule en fonction de l'indice d'expositio

Dans l’idéal il faut travailler avec une température de traitement de 20°C. Pourquoi ? Tout simplement parce que les fabricants donnent des temps de traitement pour chacun des films à cette température. Si tu veux travailler avec une température inférieure, ce qui allongera la durée, ou plus chaude, ce qui accélérera le processus, tu devras chercher chez le fabricant les correspondances… Pas infaisable mais moins pratique.

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Mise à température des chimies dans un bac

Par conséquent, n’hésites pas à mettre tes chimies dans un bac d’eau à 20°C, une sorte de bain-marie. La température est bonne ? Tu as compris qu”il allait s’agir d’une histoire de chrono donc prépare ton téléphone ou télécharge l’application gratuite Dev It! qui résume tous ces paramètres : films, révélateurs et températures et propose même une fonction chronomètre.

Ça y est !!! Tout est prêt !! Let’s go ! Stressé.e ?

A- Pré-mouillage

Sans que cela ne soit nécessaire, il est conseillé de faire un pré-mouillage avec une eau à 20°C permettant de mettre le film à température et de retirer une des couches superficielles du film. Agites les 30 premières secondes puis laisses reposer pendant environ 1 minute après avoir tapé à plusieurs reprises ta cuve sur un plan de travail pour éviter la formation de bulles d’air sur le film.

B- Révélateur

Tu connais la durée qui convient à ta combinaison film / Exposure Index / température / révélateur ? Ne reste plus qu’à vider la cuve du bain de pré-mouillage et de la remplir avec le révélateur. En fonction du nombre de spires, et de ta cuve, une quantité différente de produit sera nécessaire.

Concernant l’agitation, tu peux utiliser la tige permettant la rotation des spires, ou bien simplement retourner la cuve. Je recommande la seconde option, plus simple je trouve, et j’applique la méthode de Kodak – même si mon révélateur est d’une autre firme – pour l’agitation à savoir : 5 rotations de la cuve en 5 secondes toutes les 30 secondes et ensuite, 3/5 tapotages pour éliminer les bulles d’air.

A l’issu du temps recommandé, vides la cuve dans un contenant (bidon ou bouteille) pour pouvoir réutiliser le produit ou le porter à la déchèterie. Oui, ce n’est pas très “clean” comme tu peux l’imaginer.

C- Bain d’arrêt

Le révélateur vidé, remplis la cuve avec le bain d’arrêt comme on l’a préparé plus haut (ici).

Pour cette phase, je te recommande une agitation constante pendant 1 minute. Ensuite tu peux vider ce mélange eau/vinaigre dans l’évier. Tu auras ainsi gagné un détartrage gratuit 😜

D- Fixateur

Désormais plus de raison de se presser. L’image latente est révélée, et l’action du révélateur stoppée. La pellicule n’attend plus que le fixateur pour pouvoir être insensible à la lumière et te révéler le négatif tant attendu.

Chaque producteur donne un temps précis pour son fixateur qui tourne généralement entre 5 et 10 minutes. Là encore je suis la démarche Kodak pour l’agitation : 5 retournement en 5 secondes toutes les 30 secondes suivi de quelques tapotages pour chasser les bulles d’air.

E- Rinçage

Le film est révélé, fixé, il ne manque que quelques minutes de rinçage pour enfin crier victoire !!!

C’est très important pour limiter au maximum les traces sur le film. Le plus simple est de procéder à 5 séries de 5, puis 10, puis 15, puis 20, et enfin 30 retournements en remplissant et vidant la cuve avec de l’eau après chaque série. La température pourra progressivement passer de 20°C à une température ambiante au fur et à mesure des cycles.

Un agent de mouillage peut être utilisé pour limiter les traces d’eau lors du dernier rinçage. Tu peux en trouver chez les fabricants habituels pour quelques euros mais je préfères la solution de l’eau distillé avec une goutte de liquide vaisselle.

Etape 3 : Le Séchage

Ça y est tu peux ouvrir ta cuve !!!

Ouvres délicatement la spire et tu découvriras tes négatifs. Rassuré.e ??

Accroches simplement une pince en haut et une en bas, pour éviter que le film ne se torde en séchant, au dessus de la baignoire ou dans la douche et laisse pendre le film sur toute sa longueur, c’est-à-dire pas de boucle ou coude.

Tu peux passer une raclette spéciale pour film (en forme de pince) ou simplement une raclette de douche du côté brillant du film (support). Je recommande en effet de pas toucher au côté mat, celui de l’émulsion, plus fragile.

Etape 4 : La Suite

Maintenant que tu as des négatifs, il te faut les transformer en positifs. Pour cela deux grandes solutions sur lesquelles je reviendrai dans de prochains articles : le scanner et le tirage.

Voilà, tu sais déormais comment développer un film noir & blanc chez toi. Autonomie, flexibilité, créativité en jouant sur les produits et les durées, et économie, bref cette solution n’a que des avantages !!

Dis moi dans les commentaires si cet article t’a plu voire aidé dans ta prise en main ?

2- Pour aller plus loin

Pas à pas du développement –> http://www.chambre-noire.net/tutorials/001F0310-le-developpement-d-un-film-noir-et-blanc

Massive Dev Chart –> https://digitaltruth.com/devchart.php

Dev It – darkroom timer –> iPhone ou Android

Je recommande l’ouvrage de Philippe Bachelier : Noir et blanc, De la prise de vue au tirage aux éditions Eyrolles ; c’est la bible du noir & blanc.

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